Engagement et quête d’absolu : paradoxes et défis à relever (1ère partie)

juin 2021 | Actualités

Soutien aux Soignants : ils ont tenu, ils tiennent, ils tiendront

Action concertée des associations Les Sentinelles de la Nation, Groupe Assistance Commando et UltraOps

Le médecin en chef Gérard Chaput se définit lui-même comme psychociateur, c’est-à-dire qu’il conseille le personnel des métiers à risque sur la manière de se pré- parer psychologiquement, phy- siquement et spirituellement à des situations difficiles. Il dresse ici l’état des lieux de la société à laquelle appartiennent les jeunes qui rentrent dans l’Armée ; dans cette 1ère partie, il commence à en faire l’inventaire.

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Les temps actuels sont complexes et se prêtent peu à l’enthousiasme. Si la révolution numérique en cours tend à réduire la com- plexité du monde, elle l’oblige aux modèles des algorithmes fondés sur le système bi- naire. Comment un jeune dans ce contexte dichotomique, pourrait-il prendre la pleine mesure de l’engagement ? Comment pour- rait-il envisager d’engager sa vie dans des situations pouvant aller jusqu’à la confron- tation à la violence et parfois jusqu’au tra- gique ? Comment désormais, aider nos jeunes générations à accepter ce que les générations précédentes semblaient accep- ter plus facilement ?

C’est au plus tôt, dès que surviennent les premières interrogations sur l’orientation de sa vie, qu’il convient de se questionner sur le sens à donner à sa vie. C’est dès la formation des jeunes recrues qu’il convient d’introduire un sens qui mérite le sacrifice suprême ou même simplement autorise le risque. Il est bien difficile pour ces jeunes générations d’intégrer l’idée du don concret et irréver- sible de soi, quand le numérique leur pré- sente un monde virtuel où chacun est riche de plusieurs vies, toutes ré-initialisables à tout instant.

« L’analyse sociologique a pu mettre en évidence un réseau complexe de paradoxes auquel notre temps est confronté »

L’analyse sociologique a pu mettre en évi- dence un réseau complexe de paradoxes auquel notre temps est confronté. Tout d’abord, un matérialisme tendant à l’univer- sel et, face à lui, de jeunes exaltés aspirant au martyre au nom des « joies » post-mortem qu’il promet. Ensuite, une « communication » prétendument universelle accompagnant une difficulté croissante à l’altérité ou même à la rencontre personnelle et interpersonnelle. Plus encore, la prétention à mondialiser la « communauté », sans cultiver l’aptitude à échanger la moindre parole avec son voisin de palier ou de bureau. Ainsi apparaissent une nette tendance à l’uniformisation de la pensée et une dissolution des identités dans un « moi » globalisant qui ont pour consé- quences une exaltation des formes identi- taires imaginées, transcendées, politisées. Enfin, une faillite des apprentissages chez une génération interconnectée à laquelle les « moteurs de recherche » donnent l’illusion d’être omnisciente …

 

 

Issues de cette société civile en pleine muta- tion, notre jeunesse a-t-elle été suffisamment préparée à affronter, plus encore sous l’uni- forme, les violences de la vie ordinaire et des combats d’aujourd’hui ?

Le choix de servir en milieu militaire, et de surcroît en unité opérationnelle, a-t-il tou- jours été suffisamment mûri ? N’a-t-il pas été trop souvent guidé par l’intérêt à court terme lié à la sécurité de l’emploi, ou par l’émotion des évènements fortement médiatisés ou encore par une vision fantasmée du « métier » sans évocation explicite de la notion de « mission » ?

Un aspect générationnel vient accentuer ces tendances actuelles : en effet, les jeunes recrues qui frappent aux portes des armées sont, pour l’essentiel, issue des générations Y et Z. Ces fameuses générations, dîtes « mil- lénium », sont nées au sein d’une société confrontée à cette révolution numérique (qui nous sature d’informations) dont on ne mesure pas encore l’ampleur et à laquelle nul temps, notre manière de travailler et d’exer- cer notre esprit critique. Certains individus deviennent rapidement addicts, fascinés par les écrans. Plusieurs dérives de la cyberdé- pendance ont été relevées entre autres par l’institution militaire, telles que :

– le fait de prioriser les cybers-relations au détriment des relations humaines directes (y compris d’ailleurs pour les ordres militaires autrefois donnés à la voix) ;

– les jeux en réseaux induisent une forte dis- torsion de la temporalité, ne détendent pas les jeunes militaires, tendent à augmenter leur niveau de stress et à amputer ou pertur- ber leur sommeil. Quid, alors, de leur capa- cité opérationnelle aux premières heures du jour ?

– les échanges par SMS et sur les réseaux sociaux se font par des réponses immédiates sans prendre le temps de vérifier les informa- tions, sans avoir le sens partagé des nuances, ni la capacité à mesurer l’impact d’un simple écrit texto ;

– de plus, l’absence d’interaction (feedback) avec l’autre induit bien souvent un bavar- dage intensif et unilatéral, dont le risque est qu’autrui soit systématiquement présumé avoir des intentions hostiles (3).

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