Le colonel Arnaud Beltrame, archétype des Sentinelles de la Nation

avril 2020 | Actualités

Soutien aux Soignants : ils ont tenu, ils tiennent, ils tiendront

Action concertée des associations Les Sentinelles de la Nation, Groupe Assistance Commando et UltraOps

Par le Général d’armée (2S) Jean-Régis Véchambre

Le second anniversaire de la mort du Colonel Arnaud Beltrame intervient alors que le Monde est en pleine catastrophe épidémique. Nous avions trouvé en Arnaud Beltrame l’archétype du héros, mais cette crise sanitaire majeure met en exergue une multitude de nouveaux héros de la Nation (1). Nous pensons aux cinq médecins décédés à ce jour mais aussi à tous ces héros anonymes qui luttent contre le COVID 19 ou qui permettent à la population confinée de vivre dans une sécurité maximale. Dans ces conditions exceptionnelles, il semble utile de réfléchir à la figure archétypale de la Sentinelle de la Nation.

Sentinelle ? La sentinelle, est en première ligne, toujours aux avant-postes. Son rôle est de veiller et de surveiller pour prévenir d’une attaque surprise. Lorsqu’elle survient, toujours au moment le plus inattendu, la Sentinelle va donner l’alerte et réagir de manière appropriée, au mieux pour déjouer ou faire échouer, au moins pour ralentir et s’opposer à l’attaque. L’objectif est de permettre à tous ceux qui sont sur les lignes arrières de se mobiliser et de reprendre l’ascendant. Plutôt que d’avant-postes, sans doute vaudrait-il mieux d’ailleurs parler d’avant-gardes, terminologie résolument offensive et dynamique, pour basculer dans la métaphore que nous propose ici le mot sentinelle.

La sentinelle est celle qui prend le premier choc, celle que l’on essaie de prendre par surprise, et souvent, hélas, celle qui succombe tout en ayant alerté, déjoué et retardé l’action de l’ennemi.

La sentinelle de la Nation est donc celle qui cumule toutes les vertus nécessaires à l’exercice de cette mission. La figure archétypale est celle qui, les possédant toutes, incarne idéalement la figure de la sentinelle.

Mais avant de revenir sur ces vertus, poussons plus avant la métaphore. L’ennemi peut être le terroriste ou le virus qui, tous deux, nous prennent par surprise. Il peut s’agir aussi d’éléments plus insidieux parce que moins palpables et s’inscrivant dans la durée, comme le terrorisme et son idéologie, comme les extrémismes divers, mais aussi comme l’individualisme et le relativisme ambiant qui font perdre à la fois le sens du collectif et celui du bien et du mal. L’ennemi peut-être aussi les propres faiblesses de l’homme, sa lâcheté, son égoïsme, sa concupiscence, son inconstance, sa paresse pour ne citer que celles-ci. Le rôle de la sentinelle est de garder la Nation et de la préserver de tout ou partie de ces maux, par son action vigilante et déterminée.

Poursuivons notre analyse autour du mot Nation. Pour le militaire, la Nation ne se sépare pas de la République : « L’armée de la République est au service de la Nation (2) ». La sentinelle est donc d’abord un citoyen, pétri des valeurs républicaines et conscient de l’importance de l’Etat, connaissant certes ses droits, et surtout de ses devoirs. Comment les défendrait-il en effet, s’il ne les faisait pas siens, s’il ne se sentait pas membre de la Nation qu’il protège et défend et dont la cohérence repose sur une aspiration de ses membres à former ou à maintenir une communauté. Comment la protégerait-il s’il n’était pas lui-même profondément habité par cette aspiration ?

La Sentinelle de la Nation est au service de la Nation. Pour la sentinelle, Servir ce n’est pas se servir, encore moins asservir. Servir c’est aller jusqu’au don ultime, jusqu’à donner sa vie. Magnifique verbe que celui de Servir. Magnifique par la densité des vertus que sa mise en œuvre suppose :

L’Humilité, qui conduit à faire primer des considérations qui nous dépassent, à nous inscrire dans l’intérêt supérieur, celui du collectif, celui de la République, de la Nation. L’humilité nous permet aussi de faire collectif, de faire équipe de manière désintéressée, altruiste, de rendre l’autre plus important que soi. L’humilité nous permet de nous laisser former, façonner, notamment par la formation militaire.

L’Amour qui caractérise le don de soi ! L’Amour va avec compassion et générosité.

L’Abnégation qui répond à l’amour se caractérise par l’oubli de soi. N’est-ce pas ce qui saisit et propulse Arnauld Beltrame lorsqu’il voit cette femme, otage du terroriste ?

D’autres qualités et vertus sont nécessaires pour pouvoir exercer avec réussite cette mission de veille et de réaction. L’endurance d’abord car l’ennemi pouvant survenir à n’importe quel moment, il faut être capable de veiller, sans céder à la fatigue. La résistance ensuite, car il s’agit, d’avoir la force de faire face et de s’opposer. Cette endurance et cette résistance reposent sur la densité de l’être (3), au plan physique, psychologique et métaphysique. Être sentinelle ne s’improvise donc pas. Deux autres vertus viennent aussitôt en appui des qualités d’endurance et de résistance, celles de fidélité et de courage. Fidélité à la parole donnée, à l’engagement pris de servir. Courage, celui qui permet d’affronter ses peurs et d’aller au-delà. Pour André Comte Sponville, le courage face à la mort est le courage des courages, parce que le moi n’y peut trouver aucune gratification. Le courage de la sentinelle, posée sur la vertu de justice (4), l’oriente vers le service du bien commun.

Le film, Arnaud Beltrame, l’étoffe d’un héros (5), montre comment la personnalité de cet homme s’est construite, lui permettant d’assurer cette mission de sentinelle, jusqu’au don de sa vie.

Oui, si Arnauld Beltrame est bien l’archétype du héros, il est aussi pour nous l’archétype de la sentinelle de la Nation en anéantissant philosophiquement et éthiquement la rhétorique mortifère d’un terrorisme qui vise la mondialisation.

 

(1) GA (2S) Jean-Régis Véchambre, « Le héros et le salaud », Revue histoire et patrimoine des gendarmes, n°13, éditorial.

(2) Article L4111-1 du code de la défense. 1ère phrase.

(3) Gérard Chaput, Christian Venard, Guillaume Venard, La densification de l’être, se préparer aux situations difficiles, éditions pippa, 2ème édition, 2018.

(4) Sur toutes ces vertus, André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995

(5) Arnaud Beltrame, l’étoffe d’un héros, diffusé le lundi 23 mars 2020 sur PLANETE+ CRIME INVESTIGATION

 

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